Roulons Propre Roulons Nature

« La France agit à contre-courant du reste du monde »

On a le sentiment que les biocarburants ne sont plus en odeur de sainteté. Cet état d’esprit nuit-il au développement des biocarburants en France ?

champ-de-betterave-tereos.jpgPhilippe Duval : La France semble, en effet, agir ces derniers temps à contre-courant du reste du monde. Aux États-unis, l’Energy Independance and Security Act vient d’être promulgué et prévoit une augmentation considérable de l’incorporation obligatoire de l’éthanol. Le Brésil, malgré ses importantes découvertes de gisements pétroliers connaît une croissance de sa consommation d’éthanol de plus de 30 % en rythme annuel. Le Parlement Européen s’apprête à modifier les spécifications réglementaires des essences pour permettre l’incorporation d’éthanol à 10 % au lieu des 5 % actuels.

Quoi qu’il en soit, les objectifs européens ne sont pas modifiés. Nos ventes se développent et le prix de notre éthanol augmente sous l’effet de la hausse du pétrole et de la forte demande intérieure des deux grands pays producteurs : les USA et le Brésil.

Les adversaires des biocarburants sont souvent adeptes des biocarburants de seconde génération. Pensez-vous qu’il faille très vite passer à la deuxième génération, quitte à sauter la première ?

Ph D. : Tereos n’est pas défavorable aux carburants de seconde génération et d’ailleurs participe effectivement à leurs recherches au sein du Pôle de compétitivité Champagne – Picardie. Ce serait, en effet, un progrès d’élargir les bases de substrats de fermentation à toute la biomasse ou d’extraire de l’éthanol de la plante entière. Mais, les procédés ne sont pas disponibles à ce jour. D’autre part, leur rentabilité suppose une amélioration considérable de leurs rendements ce qui risque de demander beaucoup de temps.

Sacrifier la génération présente au profit des générations suivantes nous rappelle de forts mauvais souvenirs…

Vous multipliez vos investissements à l’étranger. A terme, ne serait-il pas plus rentable d’abandonner la betterave française au profit de la Tchèque ou de la canne brésilienne ?

Ph. D. : L’indépendance alimentaire d’une nation est au moins aussi nécessaire que son indépendance énergétique. La betterave française est la plus performante au monde.

D’autre part, avec la réforme engagée par l’Union Européenne, son prix aura été sous peu réduit de près de 50 %. Elle est néanmoins toujours aussi populaire chez nos planteurs. Son avenir ne se pose en aucune manière. Même chose pour le blé.

Vu le prix élevé des matières premières, ne craignez-vous pas des difficultés d’approvisionnement de vos usines françaises d’éthanol, notamment en blé ?

L’approvisionnement de nos usines est fondé sur le principe de la contractualisation à long terme et d’une participation financière des producteurs agricoles. Nos associés-coopérateurs savent, de longue date, qu’un débouché ne s’honore pas une année sur deux et qu’il n’existe pas d’usine capable de ne tourner qu’une année sur deux. L’indexation des prix agricoles sur les produits finis, le sucre, l’éthanol, est la meilleure garantie qu’ils puissent avoir.

Source : Claude de “L’énergie verte, les biocarburants” - Propos recueillis par Sophie Caron

Commentaires

Pingback de « La France agit à contre-courant du reste du monde » : Du Brésil | Le 9 février 2008 à 6:33

[…] Original post by Andrea.f […]

Écrire un commentaire





Roulons Propre Roulons Nature