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« Manger ou conduire », un éditorial du Monde…

Le 13 Mars paraissait dans le journal Le Monde un éditorial et un article sur les biocarburants. L’éditorial avait une annonce accrocheuse « Manger ou conduire ? ». Comme il a été demandé sur ce blog, parlons en donc :

Le Monde dresse un bilan dramatique de la situation des biocarburants dans le monde. Il relaie les propos de différents économistes qui pensent que les biocarburants sont une réelle menace pour l’alimentaire. Le tout est donc de savoir ce qui est vrai dans tout ceci.
L’utilisation d’une partie des ressources de matières premières alimentaires pour faire des biocarburants est une réalité. Seulement, les biocarburants ont bon dos et ne sont pas les principaux responsables de tous les maux dont on les accuse !

L’argument à la mode est d’enlever le pain de la bouche des plus pauvres. La responsabilité n’en est que minime pour plusieurs raisons :

L’éthanol est principalement produit à partir de betteraves à sucres dans l’Union Européenne, à partir de canne à sucre au Brésil, et à partir de Maïs aux Etats-Unis. D’un premier point de vue, la part de biocarburants créé à partir de blé est réellement minime. Ce constat ne permet donc pas d’incriminer les biocarburants dans la hausse du prix du blé. D’après l’article du Monde intitulé : La montée en puissance des agrocarburants risque d’exacerber les pénuries alimentaires, « En revanche, les agrocarburants ne peuvent être jugés coupables de l’envolée spectaculaire des prix du blé depuis l’été : +80% ».
Reste le cas du maïs utilisé aux Etats-Unis: ceci montre que comme le tout pétrole, le tout biocarburant n’est pas viable (comme les arbres à palmes pour le biodiesel) il faut savoir être raisonnable.

Dès lors que l’on cherche les raisons des envolées des cours des matières premières, il faut vraiment regarder le fond des choses. On voit déjà que le baril de pétrole bat de nouveaux records tous les jours, que l’or n’a jamais été aussi choisi comme valeur refuge avec des records historiques du prix de l’once et que les matières premières telles que le blé ou le maïs voient leurs cours en bourse s’envoler.
Il y a donc déjà là une tendance globale sur les matières premières qui ne concernent pas que l’alimentaire. Celle-ci est liée d’une part à la spéculation boursière mais aussi au prix du baril de pétrole qui est à la base de toutes les productions (et oui il faut bien mettre du pétrole dans le tracteur, dans les camions, dans les bateaux, …). A cela se rajoute un phénomène récurent depuis plusieurs années : de mauvaises récoltes mondiales pour les principaux exportateurs mondiaux (pour le blé, l’Australie et la Chine n’ont jamais fait d’aussi mauvaises récoltes. Cela a forcé le monde à puiser dans les stocks mondiaux, attisant encore plus la spéculation …). Il ne faut pas être né de la dernière pluie pour être conscient que les sécheresses historiques en Australie, que les tempêtes et inondations historiques aussi en Chine sont véritablement le fait des dérèglements climatiques que nous avons causés par notre utilisation immodérée du pétrole.
D’autre part, la demande de matières premières alimentaires n’a jamais été aussi importante avec la monté en puissance de la Chine et de l’Inde dans lesquels le niveau de vie progresse. Cela se traduit par exemple par une demande en blé (directe et indirecte) dans l’alimentaire encore jamais vue. En effet, les demandes de viandes alimentent de façon très importante cette demande.
C’est donc cela qui tire ces cours vers le haut alors que les biocarburants n’y sont que pour très peu de choses.

Là où ces économistes ont raison, c’est sur les projections en 2030, car la demande alimentaire ne va cesser de grandir avec le développement économique de l’Inde et de la Chine, où les personnes se comptent en milliards. La progression de leur niveau de vie va créer un réel problème pour contenter toute la demande alimentaire. Il faut donc travailler à résoudre ce problème. Ceux qui tirent la sonnette d’alarme disent même : « Agrocarburants ou pas, le monde sera confronté à cette pénurie ».
Or cette échéance de 2030, il faut vraiment voir que l’éthanol de première génération sera derrière nous, nous n’utiliserons plus de matières alimentaires pour fabriquer nos biocarburants, mais nous utiliserons du bois, de la paille issue des cultures de blé par exemple. Cette demande sera donc complémentaire à la production alimentaire et donnera des débouchés à produits qui n’en ont pas ou très peu à l’heure actuelle.

Les biocarburants sont donc une solution directement disponible pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre et ne saurait être responsable des maux dont nous sommes responsables avec notre utilisation effrénée de pétrole et de charbon ! Il ne faut pas se cacher derrière des faux problèmes pour ne pas regarder notre mode de vie en face, même si la désinformation fait bien son travail. Car tous les experts scientifiques sont d’accords pour dire que les biocarburants sont une réelle solution, même si elle ne deviendra que totalement extensible à partir du moment où nous aurons accès à la deuxième génération.

Comme vous le voyez, tout n’est pas évident et limpide, et il faut aller chercher l’information pour avoir une vue globale de la situation. Le cours des matières premières est sujet à tellement de variables que le problème est vraiment très complexe.
A suivre : deuxième partie sur la seconde génération et l’utilisation du bois comme bienfait et non comme déforestation !

Commentaires

Commentaire de Sanji | Le 30 mars 2008 à 7:12

Néanmoins ce rapport des Nations Unies http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000620/index.html date d’1 an (donc avant les grosses augmentations pétrolières) et affirme le contraire, en particulier en ce qui concerne le maïs. Ce rapport montre bien que le prix des maïs blanc et jaune se suit, simplement parce que les producteur plantent celui qui rapporte le plus, et donc l’autre se raréfie, et les prix montent aussi.
Le rapport complet ici http://www.oecd.org/dataoecd/7/44/38896704.pdf
Je suis pour l’E85, j’avais longuement expliqué sur mon blog mes essais sur une coccinelle (et ça fonctionne), mais je reprendrai lorsqu’on aura la 2nde génération, lorsqu’on saura faire du E85 avec des déchets de bois par exemple.

Commentaire de felix | Le 31 mars 2008 à 17:49

OK Sanji, mais pour financer la 2° génération, autant participer (modestement) au financement de la 1° en consommant dès maintenant de l’E85 :

En tant qu’agriculteur, je suis producteur de betteraves : 13% de mon quota , payé 18 € la tonne (contre 29 pour la destination sucre) va pour la production d’ethanol. Les industries sucrières sont OK pour passer à la 2° génération, mais on vient juste d’investir dans les usines et cela prendra sans doute du temps avant que je ne fasse du miscanthus, de la paille de céréales ou du copeau de bois sur ma ferme et que l’industriel puisse l’acheminer et le transformer à moindre coût.

Avec les nouveaux accords du règlement sucre, son cours s’envole actuellement : le Brésil (1/4 de la production mondiale), produit - de sucre car il produit son ethanol de canne pour lui + export aux USA, et l’Europe devient importatrice nette de sucre alors qu’elle était autonome avant ces nouveaux accords. SI l’on suit la logique du maïs, l’ethanol devrait donc augmenter et on financera d’autant plus vite le passage à la seconde génération…

En tant qu’utilisateur de E85, ma saab biopower de 175 cv consommant 11L/100 d’ethanol à 0.80 me coute aussi cher que son équivalent diesel (TiD 150 cv) consommant 7l/100 à 1.25€/l (qui plus est + cher à l’achat en diesel)

Commentaire de stephbeaud | Le 1 avril 2008 à 21:15

800 millions de personnes dans le monde ne peuvent se nourrir décemment! Et vous trouvez normal d’utiliser des terres agricoles pour permettre aux plus riches de la planète de se donner bonne conscience et de rouler « bio ». Biocarburants ! Une aberration ce sont des agro carburants qui utilisent massivement des produits phytosanitaires et capte un maximum d’eau (notamment pour le maïs). Le peu d’effet positif sur les GES, est fortement compensé par ses effets négatifs :
- pollution des sols
- utilisation d’OGM (qui contaminerait les autres cultures, y compris les vraies cultures biologiques),
- hausse du cours des matières premières : eh oui, si en effet les cours augmentent à cause d’une hausse de la demande mondiale. Il semble aberrant de ne pas consacrer plus de terre pour produire des denrées agricoles (à la place des céréales pour carburants). L’économie de marché fonctionne dans les 2 sens : plus l’offre est abondante : plus les prix pourront être abordables pour tout le monde sur la planète.

Les journalistes seraient-ils à la solde des « anti-biocarburants » ? Ou le lobby automobile n’est-il pas encore assez puissant pour écraser toute contestation ? De nombreuses revues toutes tendances confondues commencent à publier des articles sérieux sur l’aberration dans le monde de la course aux biocarburants ! (L’express, le nouvel observateur, le point, alternatives économiques, courrier international…)

Si les « biocarburants » dans le futur permettaient de ne pas utiliser les terres agricoles, alors le but pourrait être louable. Loin d’être le cas aujourd’hui, il est urgent d’attendre ! D’attendre que la recherche permette de ne plus utiliser de matières alimentaires pour fabriquer les biocarburants (L’État aurait du privilégier la recherche plutôt que de privilégier et d’exonérer de taxe ce carburant).

Commentaire de Andrea.f | Le 7 avril 2008 à 9:59

Que dire de plus que les réponses sont ci-dessus

Commentaire de paul-henri | Le 8 avril 2008 à 10:38

stephbeaud,

le but est de voir je pense le problème avec plus de recul. En effet, le développement de l’éthanol à grande échelle attendra sûrement la deuxième génération qui est attendue avec beaucoup d’impatience !

Seulement quand je vois tous ces changements climatiques significatifs sur notre planète et dont on ne parle pas beaucoup, les principaux perdants sont les pays pauvres qui doivent faire face à des sécheresses sans précédent, des cyclones, des moussons et des innondations dévastatrices.

Nous y sommes pour beaucoup et ne rien faire n’est pas la meilleure solution. On se plaint de la voiture et comme le dit Laurent, on produit notre éthanol à partir de bétterave à sucre, ce qui n’augmente pas la famine dans le monde …

Commentaire de laurent | Le 8 avril 2008 à 10:41

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Commentaire de Sanji | Le 11 avril 2008 à 6:06

Je persiste dans le sens que la fin ne justifie pas les moyens.
OUI, l’E85 c’est mieux que l’essence à l’utilisation.
NON, il ne faut pas en consommer sous prétexte d’aider la filière. Moi et les mexicains n’avons pas à payer les crédits des agriculteurs occidentaux ou des industriels.
Je continue à croire que le voyage est plus important que la destination, que ce qui compte c’est pas seulement ce que vous faites, c’est COMMENT vous le faites. Et tant que nous utiliserons les terres cultivables qui concurrenceront l’alimentation, je n’utiliserai pas d’éthanol.
Les industriels se sont lancés parce qu’ils ont sentis que ça allait rapporter. J’espère que si nous leur faisons comprendre notre démarche (enfin, celle que je défends), ils accéléreront les choses. Sinon, je remplace le moteur de la cox par un moteur électrique ;-)

Commentaire de A. Sha | Le 11 avril 2008 à 13:31

Sanji, je me sens moins seul. Certains raisonnements me font tomber les bras, et je commencais à douter de mon bon sens (En fait, non pas du tout, c’est une tournure de style).

Merci.

Commentaire de paul-henri | Le 11 avril 2008 à 16:06

@ Sanji et Auguste

les points concordant entre nos points de vue sont plus importants que vous le croyez je pense.
Ce qui m’amuse dans vos propos, c’est que vous parlez de moteurs électriques ou de moteurs à air comprimé qui sont des solutions écologiques dans la mesure ou leur énergie primaire est écologique.

Or ces deux solutions ne sont écologiques que si l’énergie primaire est nucléaire, solaire, hydroélectrique, ou éolienne. Ce qui peut être considéré comme le cas en France malgré quelques exceptions. Vous parlez donc de solutions écologiques en France (qui ne le seraient pas dans des pays moins développés). Or, La Biopower team, et je les rejoints dans ce sens, parle d’intérêt écologique pour l’éthanol Français.
Chacun parle donc de la France et l’on ne mange pas de betteraves à sucre…
Il ne faut pas donc mondialiser le problème de l’éthanol et régionaliser le problème du moteur électrique ou à air comprimer. C’est comme regarder toute la chaine de production de l’éthanol et pas un seul instant celle du pétrole …

Je pense donc que toutes ces solutions sont bonnes et auront des débouchés différents pour des utilisations différentes dans l’automobile.

D’autre part, d’après mes faibles connaissances sur le sujet, on ferait mieux de développer l’agriculture dans les pays pauvres car c’est là où les rendements sont les plus faibles et les progrès possibles les plus importants par des politiques volontaristes.

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